Tellement de choses à dire…
Big Up à Ghislain Poirier, véritable archiviste du Mouvement Rap Francophone, qui m’a fourni de la documentation sur le sujet quand je lui ai dit que je montais un dossier pour mon blog.
Commençons par l’histoire.
“La Presse
Arts et spectacles, samedi 4 août 1990, p. D8
Rock
MRF: le rap en français au Québec
Brunet, Alain
A Brossard, Ghyslain Proulx et Jean Tarzi se sont mis à tripper sur le rap. Une demi-décennie plus tard, Ghyslain adoptait le pseudonyme de Kool Rock et Jean celui de J.T..
Voici venir les pionniers du rap en français au Québec: MRF, alias Mouvement Rap Francophone.
Qu’ils soient de souche, d’origine jamaïcaine, asiatique ou haïtienne, nombre d’adolescents québécois ont parfaitement digéré le rap afro-américain, au même titre que le hard-rock ou la dance-music. Le rap est partie prenante de la culture adolescente, qu’on se le dise. Alors pourquoi ne pas le faire en français?
Avant de se poser la question, Kool Rock et J.T. se sont simplement pris de passion pour l’idiome et tout le mode de vie qui en découle (break dance, habillement hip hop, bijoux à tout le moins évidents, etc.), ils se sont fait les dents en assistant à nombre de concerts dans les écoles de l’ouest de la ville: Public Enemy, Big Daddy Kane et quelques autres les ont carrément allumés.
Parallèlement, J.T. s’est procuré des tables tournantes, il a mis des heures et des heures pour arriver à faire le prestidigitateur du vinyle. A-t-il suivi une formation? «Non, répond-il, c’est un peu la guerre entre les disc-jockeys. Chacun essaie de conserver ses secrets», raconte le d.j. aux mains de velours.
Ce printemps, le duo MRF réalisait une première bande-maquette à Toronto et tente actuellement de convaincre une maison de disques. Pionniers? En France, quelques groupes ont essayé, mais au Québec, pratiquement rien. Il y a eu quelques tentatives ratées par les publicitaires, sans compter Le pape du rap de Daniel Lavoie et les French B qui ont tâté la chose avec succès. Lancé l’automne dernier, le thème Je me souviens malaxait des échantillonnages synthétiques tirés notamment de tubes de Charlebois, sans compter les extraits de célèbres discours politiques (De Gaulle, etc.). Les French B rappaient par-dessus le tout et obtenaient d’excellents résultats.
Mais… «Ce n’est pas du vrai rap. C’est très bien fait, mais il n’y a pas de tables tournantes derrière ces gars-là, ils ne se produisent pas avec un disc-jockey ni un vrai rapper», soutient Kool Rock. Si l’on s’en tient aux critères du MRF, le rap ne procède pas ainsi. A savoir si les French B tiennent l’étiquette rap, c’est autre chose…
Comment procède le «vrai» rap de Kool Rock et J.T.? Sur un fond sonore créé par un choix d’extraits musicaux, quelques «samplings» (prises de sons filtrées par des synthétiseurs), les commentaires et slogans fusent de tout bord tout côté. MRF brasse sa propre mixture et divulgue ce ses membres appellent des «messages». Prenons Vive le Québec, véritable crédo de la nouvelle nation:
Le Québec c’est mon pays. C’est ici qu’chus né, j’parle français Chus fier de l’parler, j’ai jamais changé d’idée Parce que mon idole, c’est René… La Reine un symbole si insignifiant Pourquoi qu’on met sa face sur not’argent Qu’est-ce qu’elle a fait pour aider l’Québec
Rien qu’des visites de publicité Qui nous coûtent un bras en sécurité Parce qu’la vieille, a peur de s’faire tuer…
Ces «vers» prennent évidemment toute leur force avec l’emballage sonore et le support rythmique de leurs protagonistes. Sur le plan du «contenu», MRF aborde aussi les questions de drogue, on y glisse un commentaire non-violent sur le massacre de la polytechnique et on en passe. L’opinion et les prescriptions de monsieur tout’l'monde, version rap.
Nos baratineurs son engagés, certes, mais avec toutes les bévues linguistiques engendrées par leur joual. Parfois savoureuses, souvent boiteuses. Ajoutons qu’en plus d’être rudimentaires, certaines de leurs séquences sombrent dans la confusion.
«On veut parler comme à tous les jours», soulève Kool Rock, qui aborde le rap de la même façon que les jeunes Noirs dans les villes américaines. Un langage simple et direct, aucune poésie au programme. Seule la qualité rythmique étoffe ce discours aussi cru que juvénile.
Mais le truc du rap, les gars de MRF l’ont compris. Bien encadrés, ils pourraient éventuellement obtenir de bien meilleurs résultats, sans pour autant perdre le caractère authentique de leur approche.
Et le plus intéressant de l’histoire, c’est que le premier rap québécois francophone (enfin… certainement pas le dernier) n’est pas l’idée d’un producteur futé qui a flairé le marché. Elle est venue d’un jeune cuisinier qui brasse la soupe dans un centre d’accueil et d’un étudiant qui vient de terminer ses études secondaires et pense se spécialiser dans les systèmes d’alarme!
Si MRF parvient à s’imposer, adieu le neuf à cinq! Les boys sont confiants. Ce soir aux Foufounes Électriques, ils rapperont quatre de leurs compositions originales, accompagnés de danseurs et danseuses. Ice-T, professionnel de Los Angeles, viendra par la suite servir le plat de résistance. On sait que ce dernier peut être considéré comme la figure de proue du rap californien. Sa participation au dernier disque de Quincy Jones ne ment pas.”
Les MRF sont donc les vrais pionniers du rap au Québec, bien avant Dubmatique et bien plus vrais que Daniel Lavoie, Lucien Francoeur, ou le Boyfriend.
Un petit ghetto-documentaire:
Et le chef-d’oeuvre, le clip:
Mouvement Rap Francophone - MRF est arrivé (1990)
Les yeux de lynx reconnaîtront:
un peu partout, mais clairement à 0:42: 01étranjj
et à 2:58: Sa Majesté, le Roi Heenok en personne…!
En bonus, pour vos iTounes:
Mouvement Rap Francophone - MRF est arrivé
Mouvement Rap Francophone - Bourassa, t’as rien compris (pas sûr du titre…)
C’est ça pour le moment. Je sais qu’il y a un autre petit reportage qui circulait sur Facebook, mais j’ai pas été capable de l’extraire de là. Anyways, quiconque veut participer à ce travail d’archivage collectif est la bienvenue. Je veux d’autres mp3!
[EDIT]: le vlà le reportage que j’ai vu sur Facebook…
Word.